DU COTE DES LIVRES 10

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17.02.2012

DU COTE DES LIVRES 10

Michel Aglietta publie aux éditions Michalon un ouvrage sur l'avenir de la zone euro et sa monnaie. Témoignage intéressant au moment où certains s'interrogent sur la survie de l'un et l'autre.

ZONE EURO : ECLATEMENT OU FEDERATION ?

En dix questions, l'auteur propose une analyse sans concession des erreurs qui ont abouti à la situation actuelle. De la construction de l'Europe après la seconde guerre mondiale, « sur la base de la promotion du modèle social le plus avancé du monde », dit-il, jusqu'à la crise financière qui secoue le Vieux continent. « Les questions fondamentales n'ont jamais été posées dans un débat qui transcende les certitudes nationales », avance-t-il. Pour lui, l'Allemagne fait partie du problème de la zone euro. Et les autorités allemandes feraient bien de balayer devant leur porte au lieu de rejeter toute la responsabilité sur les autres.

« Pourquoi, malgré les efforts du G20 pour maîtriser la crise née en 2007 (et non à l'automne 2008 comme on a trop souvent tendance à le penser) la zone euro est-elle devenue le maillon faible ? », c'est la première question. Sans doute parce que le premier traitement infligé à la Grèce, déjà en grande difficulté, n'était pas le bon. La crise est née parce que les banques avaient accumulé trop de créances douteuses ; en 2011, elle est revenue à son domaine d'origine. «C'est une crise du capitalisme financiarisé, systémique », affirme-t-il.

Pour Michel Aglietta, aucun doute, la création de l'euro a rendu la zone vulnérable aux désordres financiers mondiaux. Comment la crise grecque a pu contaminer toute l'Europe ? C'est un peu comme un mégot mal éteint qui provoque un gigantesque incendie dans une forêt mal entretenue (explosion du crédit sans aucun contrôle, réseau inextricable de produits dérivés toxiques...). L'image, forte, est assez proche de la réalité.

La Grèce doit-elle sortir de la zone euro ? Cela lui donnerait assurément un espoir de rebond, en reprenant le contrôle de sa politique monétaire, écrit-il. Adieu euro, rebonjour la drachme. Et de rappeler l'expérience de l'Argentine (p 72) qui s'est affranchie du joug du FMI et ses cures d'austérité. Mais « Quelle que soit l'issue de la crise, la zone euro en sortira transformée », écrit-il.

Il analyse comment les dirigeants ont laissé la situation empirer, mettant en cause l'attitude presque dictatoriale des responsables allemands qui veulent imposer à leurs partenaires de leur ressembler.

Impossible de résoudre la crise sans admettre l'insolvabilité grecque et d'en tirer toutes les conséquences. Il faut ensuite transformer la gouvernance européenne et « cesser d'ergoter de sommet en sommet ». Ensuite, il faut remblayer le fossé entre le nord qui s'industrialise de plus en plus, au détriment du sud. « Pour que la zone euro ait un avenir, il faut inverser la tendance pluri-décennale à l'affaiblissement de la croissance potentielle et à la polarisation territoriale des activités économiques » préconise-t-il en guise de solution. Solution qui passe aussi par la réduction des inégalités et la guérison d'un certain nombre de maux sociaux. Et de citer l'exemple de la Suède qui a trouvé le juste équilibre pour réussir sa consolidation budgétaire.

Une question aborde la régulation financière, l'un des grands chantiers lancés par le G20 en 2009. Abordant le rôle des agences de notation, il déplore que la commission européenne ait renoncé à son projet d'interdire la notation des pays sous assistance internationale. Et de suggérer de forcer « les investisseurs institutionnels à se doter de l'expertise nécessaire pour faire leur travail d'évaluation. Et les agences redeviendraient ce qu'elles prétendent, dit-il, des analystes comme les autres, qui donnent des opinions. »

La dixième et dernière question concerne le rôle que peut jouer la zone euro dans la transformation du système monétaire international. Et de prédire que si la zone euro se rétablit, le dollar déclinera. Mais pour que l'euro devienne « Une monnaie complète », cela suppose « une politique monétaire externe définie par une autorité politique conjointe ».

Michel Aglietta est professeur de sciences économiques à l'Université de Paris Ouest Nanterre, conseiller scientifique au CEPII et chez Groupama Asset Management. En 2088, il a obtenu le prix de l'Excellence économique pour « La crise ».

« Zone euro : éclatement ou fédération ». 188 pages. 15 euros. Paru aux éditions Michalon. 

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