PERTE DU TRIPLE A : ET APRES ?
Depuis vendredi soir, après l’annonce de la dégradation par Standard & Poor’s du triple A français, les commentaires et les explications vont bon train. Impossible d’attendre la revue de presse de fin de semaine pour faire le point sur la question. Dès vendredi soir, le site lepoint.fr s’interrogeait sur les conséquences de cette décision qui n’a pas vraiment surpris. Beaucoup de commentateurs s’accordent pour dire que ce n’était qu’une "chronique d’une dégradation annoncée".
Petit tour de la presse financière.
Le point : la perte du AAA français, un cataclysme ?
« Cette fois, c'est fait. Un peu plus d'un mois après avoir mis sous surveillance la note de 15 pays de la zone euro, Standard & Poor's a livré son verdict. Neuf pays de la zone ont été dégradés. Particulièrement visés, l'Italie, le Portugal, l'Espagne et Chypre reculent de deux crans. La France et l'Autriche, qui figuraient parmi les six meilleurs élèves de la classe encore notés triple A, sont dégradées d'un cran, à AA+. En revanche, la Belgique (AA) et l'Irlande (BB+) passent à travers les gouttes. La France, seul pays menacé de perdre deux crans parmi les triples A, évite donc le pire. Mais fait moins bien que l'Allemagne, la Finlande, les Pays-Bas ou encore le Luxembourg, qui conservent leur couronne. D'autant que la perspective attachée à la note à long terme de l'Hexagone est "négative", précise S&P, alors que celle de l'Allemagne est considérée comme "stable". En clair, il existe "au moins une chance sur trois pour que la note (française) soit de nouveau abaissée en 2012 ou en 2013". »
Quelles pourraient être les conséquences de la décision de l'agence américaine, notamment pour la France ? « En théorie, une dégradation de la note d'un pays entraîne un renchérissement de ses coûts de financement sur les marchés. Cela peut aussi avoir des conséquences sur le financement des grandes entreprises, notamment publiques, comme ADP ou EDF, car elles bénéficient de la garantie de l'État. Par ailleurs, aucune collectivité locale ne pourra conserver son triple A, car une grande partie de leur budget provient de l'État. » (…)
Et de citer Gunther Capelle-Blancard, directeur adjoint du Cepii (Centre d'études prospectives et d'informations internationales): « Seules les surprises ont un impact sur les cours boursiers". Or, "tout le monde était persuadé que la France serait dégradée d'au moins un cran". Et depuis quelques mois déjà, "la France ne payait plus un taux d'intérêt d'un pays noté AAA", estime cet économiste, à l'image de nombreux analystes. D'ailleurs, lorsque Standard & Poor's a dégradé la note des États-Unis en août, les coûts de financement de leur dette n'ont pas augmenté. Ils ont même reculé ! Autre élément qui plaide en faveur de la France, Fitch a annoncé mardi qu'elle n'avait pas l'intention de dégrader la note française en 2012. » (…)
« En revanche, l'écart de notation entre la France et l'Allemagne ne devrait pas rassurer les marchés. Il montre à quel point les économies de la zone euro sont en train de diverger. Et ce, au moment où les pays de la zone euro auront besoin de pas moins de 800 milliards d'euros cette année, dont 230 milliards rien qu'au premier trimestre. Ils pourraient donc se retrouver face à un manque de liquidités... Particulièrement l'Italie, dégradée de deux crans à BBB+. (…)
Pire, le pare-feu de la zone euro, le fameux FESF, chargé d'emprunter avec la garantie des États pour prêter ensuite à ceux en difficulté, pourrait se révéler insuffisant pour leur venir en aide : sa note pourrait bien être dégradée, à l'image des pays qui le garantissent. Dans ce cas, il devrait subir une hausse de ses coûts de financement ou revoir à la baisse son effet de levier. Et ce, juste au moment où la Grèce, à la peine pour la renégociation de sa dette détenue par les investisseurs privés, va avoir besoin d'au moins 130 milliards d'euros d'aide supplémentaire de la part des autres États de la zone euro et du FMI... (…) La France, quant à elle, doit lever 178 milliards d'euros à moyen et long terme... Et pourrait avoir du mal à se financer aux mêmes conditions que l'année passée où elle avait récolté 184 milliards pour de 2,59 % d'intérêt, un taux bien plus intéressant que la moyenne observée avant l'éclatement de la crise financière, de 1998 à 2007 (4,15 %). » (…)
Lepoint.fr, vendredi 13 janvier 2012
La tribune a interrogé Norbert Gaillard
Dimanche, le site latribune.fr donnait l’avis de Norbert Gaillard, spécialiste des agences de notation, qui estime que le délai minimum est de cinq à six ans, voire huit à dix ans, pour retrouver la meilleure note possible. Morceaux choisis de ce long entretien.
A la question « La perte du triple A est-elle grave pour la France? », il répond : « Je pense qu'il faut relativiser cette dégradation car elle était largement anticipée par les marchés, le niveau des taux d'intérêt français ayant suivi une tendance haussière depuis l'automne dernier. (…)
« Est-elle méritée selon vous?, a demandé le journaliste. « Elle nous pendait au nez. Depuis trente ans, nous vivons une lente dégradation des comptes publics, depuis dix ans nous vivons une perte de compétitivité, et année après année la solvabilité s'est légèrement détériorée. De plus, il y a eu un véritable blocage en France pour mettre en place des réformes que certains de nos voisins européens ont eux adoptées. (…)
Quant à savoir quand la France pourra-t-elle récupérer son triple A, Norbert Gaillard se montre prudent : « Cela dépend des agences mais le délai minimum est de cinq à six ans et plus généralement de huit à dix ans. Si l'on prend l'exemple de l'Australie ou des pays scandinaves dans les années 1990, il leur a fallu dix ans pour récupérer leur triple A. Mais la France pourrait très bien le récupérer plus rapidement si elle lance une réforme d'envergure qui plaira aux agences. Elle pourrait par exemple lancer une réforme plus large des retraites. » (…)
« Comment vont réagir les autres agences de notation ? » Pour Norbert Gaillard, « Moody's a prévu de parler mercredi prochain, je pense que ce sera pour annoncer une mauvaise nouvelle à la France. Elle devrait au mieux décider d'une mise sous perspective négative de la note française (elle est la seule agence à ne pas l'avoir encore fait), et au pire annoncer une dégradation directe de la France sans passer par la case "perspective négative", ce qu'elle est autorisée à faire. » (…)
Mais il n'exclut pas que Fitch puisse revenir sur sa décision de ne pas dégrader la note française en 2012.
Latribune.fr, dimanche 15 janvier 2012
Les Echos donnent l’avis de Londres
Dimanche, le site lesechos.fr donnait la parole au ministre britannique des Affaires étrangères.
« La décision de Standard & Poor's de réduire la note souveraine de neuf pays de la zone euro montre que l'Europe doit accentuer ses efforts pour relancer la croissance, a déclaré dimanche le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague. "C'est grave. Cela souligne le fait que la zone euro n'est pas tirée d'affaire. Nous voulons qu'elle soit stable et en bonne santé. Il en va de l'intérêt national de ce pays, mais cela signifie que dans toute l'Europe, y compris au Royaume-Uni, nous avons besoin de redoubler nos efforts pour faire repartir la croissance", a déclaré le ministre sur Sky News.
Il a appelé l'Union européenne à conclure davantage d'accords de libre-échange avec d'autres pays, à faire avancer le marché unique européen et à cesser d'adopter des règlements qui rendent la vie plus difficile pour les entreprises. (…)
Pour William Hague, la décision de S&P souligne l'importance des efforts du gouvernement britannique pour réduire le déficit budgétaire qui a pu atteindre 10% du PIB. Le Royaume-Uni a pour l'instant réussi à conserver son statut de pays noté triple A, mais l'agence de notation Moody's a fait savoir le mois dernier que la note suprême était menacée par la crise dans la zone euro. (…)
Pour William Hague, le déclassement massif opéré par S&P vendredi soir ne veut pas dire que la zone euro se rapproche de l'effondrement. Il a salué le fait que la Banque centrale européenne s'était montrée plus active ces dernier temps pour améliorer la liquidité dans le secteur bancaire et dit espérer sur les difficultés concernant le remboursement de la dette grecque seront résolues. » (...)
Lesechos.fr, dimanche 15 janvier 2012
La Tribune : La dégradation de la France par S&P plombe la zone euro
Dimanche, le site latribune.fr, analysait lui aussi la situation sous la plume de Frank Paul Weber.
« L'état de grâce n'aura duré que quelques jours. La zone euro qui se félicitait la semaine dernière de la baisse des taux, jusqu'ici élevés, pratiqués sur les marchés financiers pour financer les dettes de l'Italie et de l'Espagne, a été dès vendredi soir renvoyée à ses dures réalités par l'agence de notation Standard & Poor's (S&P). Sa note attribuée à la dette de neuf États membres de l'euro a été abaissée, impliquant un renchérissement des coûts de remboursement de la dette des pays sanctionnés. (…)
L'annonce de l'agence de notation bouleverse le déjà fragile équilibre européen alors que le spectre d'un défaut de la Grèce, engluée dans ses négociations avec les banques, refait surface. Tous les ingrédients du cocktail explosif européen semblent ainsi à nouveau réunis. Standard & Poor's signale maintenant sans ambages que le principal risque n'est pas tant en soi la hausse des déficits et de la dette publics mais l'absence de croissance économique dans la zone euro. (…)
C'est évidemment la perte par la France du triple A qui change la donne dans le contexte européen. Paris décroche ainsi de la locomotive allemande. Cela conforte certes le rôle de premier de la classe euro à Berlin. Mais, à part quelques rares partisans d'une sortie de l'euro, le décrochage français ne réjouit personne outre-Rhin. Le Premier ministre français, François Fillon, a d'ailleurs mis en garde samedi à mots couverts ses homologues allemands sur un éventuel cavalier seul de Berlin : "L'Allemagne sait très bien qu'il ne peut pas y avoir de prospérité durable sans une zone euro en croissance, forte et stable." L'onde de choc suscitée par la décision de S&P pourrait d'ailleurs indirectement accélérer la mise en œuvre du traité des 26 (toute l'UE sauf la Grande-Bretagne) décidé lors du sommet UE du 9 décembre. L'actuel fonds de sauvetage européen (le FESF), fragilisé par la perte du triple A français, pourrait notamment être substitué, dès juillet prochain, par le MES. S&P a d'ailleurs critiqué "l'insuffisance" des mesures adoptées le 9 décembre et « la dispute ouverte et continuelle entre les Européens sur la politique à suivre. Dans l'Hexagone, l'exclusion du club des AAA alimente la campagne électorale pour la présidentielle.» (…)
Latribune.fr, dimanche 15 janvier 2012
La Tribune raconte « Comment la Finlande est revenue de l'"enfer" de la dégradation »
C’est un article de Romaric Godin.
« Au début des années 1990, l'économie de ce pays nordique s'effondre. Moody's le prive de son AAA. (…) La fin de l'URSS, pour qui elle était la porte d'entrée commerciale vers l'Occident, a donné le premier coup. Puis la hausse générale des taux d'intérêt européens dans la foulée de la réunification allemande assène une économie minée par le surendettement des ménages et du secteur privé. Le gouvernement finlandais doit alors faire face à une forte baisse de ses recettes et à une explosion des dépenses sociales (le taux de chômage dépasse en 1993 les 18 %). Il lui faut de plus venir au secours d'un secteur bancaire menacé d'une faillite généralisée. Excédentaire en 1989, le budget de l'État central accuse en 1992 un déficit de 7 % du PIB. La dette passe de 10 % du PIB en 1990 à plus de 70 % en 1996. Le 20 octobre 1990, Moody's, la seule agence à noter alors le pays, le prive de son AAA accordé quatre ans plus tôt. En janvier 1992, elle réduit encore sa note d'un cran à Aa2.
Les gouvernements successifs vont alors faire de la restauration de la confiance leur priorité. Une rigoureuse austérité budgétaire basée sur la réduction des dépenses publiques est mise en place sous l'impulsion du ministre des Finances conservateur, Iiro Viinanen, qui liquide des pans entiers de l'État providence construits dans les années 1960. Le pays retrouve les faveurs des marchés lorsque, au printemps 1995, le nouveau Premier ministre décide de poursuivre et même d'accentuer cette politique et de conserver Iiro Viinanen. Rapidement, les taux finlandais reculent, le budget retrouve son équilibre en 1997. La Finlande est qualifiée pour l'euro et Moody's lui rend son triple A en 1998. » (…)
Pour arriver à ce résultat, il y a eu aussi la libéralisation de l'économie pour doper la croissance, l’abandon par l’Etat des secteurs touchés par la crise. Les capitaux se sont alors dirigés vers ceux jugés à forts potentiels. Une réforme fiscale est venue aider les entreprises qui investissent dans la recherche. « L'économie finlandaise affiche désormais un taux de croissance parmi les plus élevés de la zone euro. De quoi assurer le triple A du pays. »
Latribune.fr, dimanche 15 janvier 2012
L’expansion : la zone euro replonge dans la crise après la perte du AAA de la France
Dimanche, le site lexpansion.com faisait dans le pessimisme.
« La zone euro, qui espérait traverser une accalmie, replonge dans la crise après la dégradation en rafale par Standard and Poor's de plus de la moitié de ses membres, dont la France, privée de sa note "triple A" et décrochée de la locomotive allemande. Ces nouvelles turbulences sont aggravées par l'impasse des négociations sur la dette de la Grèce, pourtant vitales pour éviter à Athènes la faillite.
Après le succès des premières émissions obligataires de l'année en Italie et en Espagne, qui semblait éloigner le risque de voir la crise empirer, Standard and Poor's (SP) a mis vendredi une grande partie de ses menaces à exécution. L'agence d'évaluation financière, qui envisageait d'abaisser la note de 15 des 17 Etats de l'Union monétaire, en a finalement dégradé neuf. La principale punition concerne la France, deuxième économie européenne, qui perd son AAA, meilleure note possible, et descend d'une marche, comme l'Autriche, à AA+. La sanction est d'autant plus nette que les quatre autres "triple A" de la zone euro, Pays-Bas, Luxembourg, Finlande mais surtout Allemagne, conservent cette distinction qui permet de s'endetter à moindre coût. (…)
L'agence laisse aussi planer la menace d'une nouvelle dégradation d'ici fin 2013 pour tous les pays de la zone euro, hors l'Allemagne, plus que jamais dans la peau du bon élève, et la Slovaquie. Le scénario d'un éclatement de la zone euro n'a pas été retenu par SP dans ses décisions. Les institutions et les dirigeants européens sont les premiers visés par les critiques e l'agence sur les solutions "insuffisantes" échafaudées au fil des multiples sommets "de la dernière chance". (…)
"Tous les gouvernements et toutes les institutions européennes sont mobilisés (...)"je reste étonné du moment choisi par l'agence", a déclaré le commissaire européen aux Services financiers Michel Barnier, regrettant que l'agence ne prenne "pas en compte les progrès actuels". Bruxelles a qualifié d'"aberrante" la décision de SP. Le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle, a reproché aux agences de notation d'entretenir "artificiellement" la tension. (…)
C'est donc en partie le futur traité de stricte discipline budgétaire voulu par l'Allemagne, avec le soutien de la France, qui est dans son collimateur. Ainsi que l'insuffisance des "ressources" et de la "flexibilité" octroyés aux fonds de secours de la zone euro. Mais c'est la France, avec son "niveau relativement élevé de la dette publique" et les "rigidités de son marché du travail", qui fait les frais de ce réquisitoire. (…)
« La dégradation risque d'augmenter les taux d'intérêt auxquels emprunte la France, qui sera confrontée jeudi à une importante émission obligataire. Elle risque surtout d'avoir de graves répercussions dans la zone euro. Le Fonds européen de stabilité financière (FESF), ce mécanisme de secours pour les Etats en difficulté, pourrait perdre à son tour dans les prochains jours sa note AAA, ce qui compliquerait encore plus sa tâche. » (…)
Lexpansion.com, dimanche 15 janvier 2012
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